This park is primarily intended to criticism of books, catalogs and events / Ce parc est avant tout destiné à la critique des livres, catalogues, manifestations ou autres objets critiques
Une seule phrase semble fausse et tout est dépeuplé ?
par Jean-Pierre Gillard
La phrase est en bas de la page 12 : "Isidore Isou arrive à Paris en août 1945 et rencontre rapidement Gabriel Pomerand (1925-1972) avec qui il crée le le lettrisme d'un point de vue théorique." Je me demande quels documents, quels livres, ou qui a pu dire à l'auteur que Gabriel Pomerand a participé à l'élaboration théorique du lettrisme, alors qu'Isou arrive à Paris ses théories déjà préparées et certaines d'entre elles, pour la poésie et la musique, déjà écrites ?
Une seule phrase semble fausse et tout est dépeuplé ? Non, pas forcément tout, mais il fallait relever cette erreur, au demeurant capitale, dès le départ.
JPG. 7 décembre 201
Sur "Le lettrisme historique était une avant-garde" de Fabrice Flahutez
par Damien Dion
Lorsque j'ai vu pour la première fois le titre de l'ouvrage de Fabrice Flahutez, j'ai eu peur. Je m'attendais à une publication entretenant une vision « situationniste » du lettrisme qui célèbre les premières années du mouvement en tant que tremplin pour Guy Debord et ses idées.
Je me trompais. Fabrice Flahutez, docteur en histoire de l'art et maître de conférence à l'Université de Nanterre, nous propose une étude sérieuse et documentée. Bien que la période étudiée soit 1945-1953, il se permet d'heureuses digressions chronologiques en abordant aussi bien les années soixante que la très récente « guerre d'édition » au sein de l'entrée « lettrisme » sur l'encyclopédie collaborative Wikipédia.
Après un rappel du contexte culturel du Paris des années quarante et cinquante, l'auteur fait une analyse assez judicieuse de la non-intégration du lettrisme dans la plupart des histoires de l'art récent. Il démontre ainsi que ce mouvement sort du schéma voulant que l'art ne peut être que figuratif ou abstrait. Faute de grilles de lecture opérantes, les historiens de la seconde moitié du XXe siècle se sont donc heurtés à quelque chose qui leur échappait, qu'ils ne pouvaient pas ranger dans leurs cases. Mais plutôt que de surpasser cette difficulté, la plupart d'entre eux ont préféré oublier le lettrisme (ou le réduire à une anecdote marginale), plutôt que de l'étudier en profondeur et avec rigueur, au risque d'apporter un peu de souplesse dans leur méthodologie.
Fabrice Flahutez a su prendre le recul nécessaire pour analyser cette situation et a fait un véritable effort de recherche.
Cet ouvrage a la distance et la rigueur analytique qui manque à la plupart des publications sur le lettrisme, un regard objectif ni partisan, ni complaisant, et qui a su laisser de côté les considérations subjectives et morales qui polluent le travail de réévaluation critique et historique du mouvement.
L'auteur apporte également un regard intéressant sur l'hypergraphie, dans sa capacité a être vue, lue, écoutée, voire interprétée devant un auditoire. Analyse à prendre avec des pincettes tant il est facile de faire la confusion entre poésie lettriste et peinture lettriste.
Je serais peut-être plus réservé sur ce qu'il développe à propos de l'histoire vu par le lettrisme. L'histoire faîte par les lettristes serait un « faire-œuvre », et les documents seraient plus à analyser sous un angle artistique qu'historique. Si il est vrai que la vision lettriste de l'histoire (de l'art notamment) est orientée, elle ne l'est pas moins que celle d'un Restany, d'un Greenberg ou d'un Gombrich. Par ailleurs, voir cette vision comme une œuvre est peut-être une incompréhension de ce qu'est l'art pour Isou. Cependant, cette interprétation théorique donne un éclairage neuf, une possible clé de compréhension pour saisir cette nébuleuse qu'est le lettrisme. Il reste à espérer que cette initiative en suscitera d'autres, tant ce terrain d'étude a été déserté par les milieux universitaires.
D.D. décembre 2011
Le lettrisme en histoire et en théories
par Thérèse Moro, art press n°376, mai 2011
Lettrisme. Vue d'ensemble sur quelques dépassements précis
Villa Tamaris Centre d'art / La Nerthe
Guillaume Robin
Lettrisme. Le bouleversement des arts
Éditions Hermann
A lire
par Broutin
Deux articles, consacrés à Isidore Isou et signés Christophe Schinckus, paraissent en ce premier semestre 2011. Le premier, intitulé Vers une nouvelle rationalisation de la poésie (les influences de la science sur la poésie lettriste d’Isidore Isou), publié dans la revue Thot n°3, et un second intituléConsidérations épistémologiques sur les conditions d’émergence de la Créatique chez Isidore Isou, publié par la revue Epistémocritique, volume VIII.
les articles
"Vers une nouvelle rationalisation de la poésie (les influences de la science sur la poésie lettriste d’Isidore Isou."
Contenu : Le lettrisme comme évolution “continue” et “rationnelle” et les similitudes avec les “programmes de recherches” lakatosiens. I - Introduction : le lettrisme. II – L’épistémologie lakatosienne ou l’évolution rationnelle des sciences. III – Quelle rationalisation lettriste ?. 1 – La rationalisation de la poésie selon Isou. 2 – Le lettrisme comme programme de recherche. Conclusion.
"Considérations épistémologiques sur les conditions d’émergence de la Créatique chez Isidore Isou."
Contenu : Les conditions d'émergence de la création ou de la Créatique. l'épistémologie lettriste par rapport à l'épistémologie de Bachelard. I - Introduction : le lettrisme ; II - Isou et la création lettriste ; III - La Super-carte de l’acquis ou l’importance de la connaissance antérieure ; IV - La Koriontina et le dépassement isouien ; V - Les obstacles à la Créatique et les obstacles épistémologiques de G. Bachelard. Conclusion.
L'auteur
Christophe Schinckus, PhD CIRST, économiste et chercheur chargé de cours à l’Université du Québec à Montreal. E-Mail : Schinckus.Christophe@teluq.uqam.ca
Références
Vers une nouvelle rationalisation de la poésie (les influences de la science sur la poésie lettriste d’Isidore Isou, in revue Thot n°3, avril 2011, Directeur Damien Dion. Lien
Considérations épistémologiques sur les conditions d’émergence de la Créatique chez Isidore Isou. ISSN 1913-536X, in ÉPISTÉMOCRITIQUE - Volume VIII - Printemps 2011, Directeur : Michel Pierssens. Egalement publié le 15 juin 2011 sur le site internet de la revue Epistémocritiaue littérature et savoirs. Lien
Un tract que j'aurais pu contresigner
par Broutin
cliquez sur les deux parties du tract pour le lire correctement
Bernard Girard, "Lettrisme - L'ultime avant-garde"
Les Presses du Réel, 2010
Ce petit ouvrage n'est pas sans intérêt. L'auteur a effectivement fréquenté le mouvement lettriste dans les années 60, a laissé quelques rares oeuvres, et y est resté sensible. Visitant les expositions et invitant récemment François Poyet à un entretien radiophonique. Ses capacités de réflexion font qu'il pose des questions qui pour certaines peuvent se discuter. Et s'il doit être considéré comme un ami du lettrisme, on ne sait trop à la lecture de l'ouvrage ce qui gagne des compliments ou des reproches. Maintenant le souci c'est que cet ouvrage, constitué pour partie de petits textes qu'il avait laissé sur son site web, manque cruellement de connaissances récentes. Il eut été intéressant que Bernard Girard se renseigne plus largement. Défaut répandu au demeurant, puisque ni Mirella Bandini auteur en 2003 de "Pour une histoire du lettrisme", ni Guillaume Robin qui vient de publier chez Hermann "Lettrisme, le bouleversement des arts", n'ont fait l'effort d'aller très au-delà de leur milieu amical connu.
Jean-Pierre Gillard