This park is opened to various types of contributions from members of the editorial or external speakers / Ce parc est ouvert à divers types de contributions émanant de la rédaction ou d'intervenants extérieurs
Pour Alain Satié
Alain Satié avec Patrizio Peterlini de la Fondation Conz (à gauche) lors de sa dernière venue à Vérone
envoi de Patrizio Peterlini
23 février 2011
© Patrick Jacob
Alain Satié dans son atelier de Bouleurs en 1987, la photo illustra un article de City Magazine International pour son exposition "Emblèmes pour la société paradisiaque" à la Galerie de Paris.
Archives Jean-Pierre Gillard
"Voici l'image de l'oeuvre collaborative Satié/Seaman à laquelle j'ai fait référence dans mon hommage à Satié." (voir plus bas, "Alain Satié et les alligators").
envoi de David Seaman
le 23 février 2011
Il faudrait parler d'Alain Sabatier l'enfant en 1944 à Toulouse,
Il faudrait parler d'Alain Sabatier l'étudiant aux Beaux-Arts de la Ville Rose,
Il faudrait parler d'Alain Sabatier à vingt-ans se joignant au lettrisme,
Il faudrait se souvenir du jour où Alain Sabatier est devenu Alain Satié,
Il faudrait se souvenir de son premier dessin, de sa première hypergraphie,
de son premier poème, de sa première oeuvre imaginaire, de sa
première oeuvre excoordiste,
Il faudrait évoquer le romancier, l'essayiste, le créateur de mobilier,le graveur,
Il faudrait se pencher sur les essais d'architecture d'Alain Satié,
Il faudrait dire merci à Alain Satié pour tout cela,
Merci à l'enfant de Toulouse devenu l'homme de Bouleurs.
Jean-Pierre Gillard
lu le 12 février 2011 lors de ses funérailles
Alain Satié (1944-2011)
Pour un avenir meilleur
Alain Satié est né en 1944. Après un passage à l'École des Beaux Arts de Toulouse, il monte à Paris en 1964 et rallie aussitôt le mouvement lettriste dont il deviendra un des protagonistes les plus importants. Pendant presque cinquante ans, il va développer une oeuvre essentielle pour la compréhension de l'évolution de l'art de la deuxième moitié du 20ème siècle.
Ce qu'il nous laisse est immense. Peinture, sculpture, architecture, art du meuble, poésie, cinéma, aucun domaine n'a échappé à sa soif inventive. Il fera de l'approfondissement des concepts isouiens la base de ses apports.
Les premieres oeuvres aux traits encore incertains (1964), les Entassements maitrisés (1966), l'infinitésimal controlé et relancé (1971), les Transparences (1983), Les créations du lettrisme en 26 tableaux explicites (1990), les Portraits d'un groupe excoordiste (1995), les Déplacements consécutifs sans origine (2004), jusqu'aux Souvenirs présents (2006), sont autant d'étapes qui lui permettent d'exprimer ses nuances, d'imposer ses propres dépassements créatifs dans l'ensemble lettriste.
En 1979, dans l'art du meuble, l'un de ses apports le plus important, il propose des fauteuils hiératiques dressant leur dossier comme des totems hypergraphiques et des panneaux de bois mystérieux pour les parois d'une salle de billard.
Mais son oeuvre est également importante par l'énergie qu'il a constamment déployée dans l'édition. Plus de quarante ouvrages originaux jalonnent son demi-siècle, du précieux Superstrat (1966) à la réédition de Pour un avenir meilleur, fin 2010.
Son oeuvre est encore largement inconnue, mais la redécouverte du lettrisme permettra de mieux situer son importance dans l'histoire de l'art contemporain.
Alain Satié rêvait de la Société paradisiaque, idéal pour lequel il a combattu toute sa vie. Alain Sabatier est mort ! Vive Alain Satié !
Broutin
de Berlin le 12 février 2011
lu par Delphine Ganne lors de ses funérailles
Alain Satié et les alligators
Prologue : un jour, ma femme Barbara et moi, nous étions à Bouleurs et nous avons invité Alain et Woodie à dîner, dans un restaurant de leur choix. Nous avions imaginé une petite auberge de charme dans un village voisin. Mais non. Alain nous a conduit à Disneyland.
Là, près de l'hôtel New York, il a choisi un restaurant américain devant lequel il y avait une fausse jungle avec un énorme alligator en plastique. Alain s'arrêta, tira sur son cigare, et regarda. "Attends" dit-il. On regarda, et au bout d'un moment, l'alligator animatronique leva la tête et ouvrit grande la bouche. Alain sourit. Il adorait ça.
Image principale : Alain et Woodie sont chez nous en Géorgie, aux USA. Alain veut voir un alligator vivant. Nous allons dans la réserve naturelle de Savannah, où des centaines d'alligators se réfugient. Alain avait sur lui sa petite carte hypergraphique où l'on reconnaît le mot "pipe" qu'il utilisait pour transformer une scène en oeuvre lettriste. Il l'avait fait notamment à Moscou, sur la Place Rouge.
Maintenant il voulait planter la carte devant un alligator vivant, ignorant le risque. Barbara tremblait de peur, car les alligators sont sauvages, et ils courent très rapidement sur terre et ils ont de grosses dents.
Alain, quand à lui, était prêt à tout risquer pour son art. Mais comme c'était l'hiver, les alligators s'étaient cachés sous la boue. Alain m'a laissé la petite carte que j'ai finalement planté devant un gros alligator l'été suivant. Puis je me suis reculé pour en faire une photo. Ce fut notre seule oeuvre en collaboration.
David Seamanlu le 12 février 2011 lors de ses funérailles
Peu après la création de notre site, nous avions proposé à Alain Satié de nous rejoindre au sein du comité de rédaction. Il était enthousiaste sur le projet et nous avait assuré de son "entière collaboration", ajoutant qu'il se mettait au travail pour l'exposition d'ouverture que nous lui avions proposé. Ce qu'il fit.
Au moment triste de sa disparition, nous n'avons pas trop le goût des phrases, et disons avec modestie à Isabelle Ganne-Caron, sa compagne, à Julien Sabatier, son fils, et à ses proches nos plus affectueuses pensées.
La rédaction de Lettrisme XXIe siècle
10 février 2011
Alain Satié, à droite, avec Broutin et Poyet, à la Villa Cernigliaro en 2007
envoi de François Poyet
9 février 2011
"La mort de l’autre pourrait se définir comme un dialogue inachevé que l’on déplore. C’est ainsi que j’envisage la disparition de mon camarade du groupe lettriste Alain Satié auquel je demeure liée, tant sur le plan de nos activités artistiques que sur celui de l’intime et du familial. Il reste quelque chose comme les « sanglots longs des violons de l’automne » qui envahissent le champ des pensées humaines, au-delà de l’effroi devant la finitude de l’individu.
Isou évoquait souvent les gens célèbres qu’il se plaisait à opposer aux créateurs immortels si souvent méconnus. C’est ainsi qu’il me paraît naturel de considérer ce compagnon de route lorsque je songe à ses apports qui ne cesseront jamais de nous remplir de joie."
Anne-Catherine Caron
8 février 2011
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